Marketing et partenariats
En résumé : Deux métiers voisins se cachent derrière le même mot. La stratégie marketing décide à qui l'on s'adresse, à la place de quoi l'on se propose et sur quel critère on est préférable, puis choisit par où passer pour le faire savoir. La recherche de partenariats est un travail de négociation : elle propose à une organisation qui détient déjà l'accès à une audience un échange dont cette organisation tire un intérêt propre. L'achat d'espace loue une attention et s'arrête là ; un partenariat engage la réputation de celui qui recommande, ce qui explique à la fois sa valeur et sa fragilité. Ni l'un ni l'autre ne rattrape une offre qui ne répond à aucun besoin.
« Il nous faudrait plus de visibilité » est une demande courante et une phrase qui recouvre au moins quatre problèmes différents : ne pas être connu, être connu sans être compris, être compris sans être préféré, ou être préféré sans que la demande aboutisse. Chacun appelle un remède distinct et trois d'entre eux ne se traitent pas en publiant davantage. Le mot marketing ne facilite pas le diagnostic, puisqu'il désigne dans le même souffle une série de décisions — à qui l'on s'adresse, ce qu'on promet, ce à quoi l'on renonce — et l'ensemble des gestes qui les rendent perceptibles. La recherche de partenariats souffre d'un flou comparable : on la range parmi les canaux alors qu'elle relève d'une négociation entre organisations, avec ses compétences propres, son rythme et ses manières d'échouer. Cette page décrit ce qui sépare ces deux métiers voisins, ce que recouvrent le positionnement, l'audience, les canaux et la mesure, ce qu'est un partenariat par opposition à un achat d'espace et ce qui le fait tenir ou rompre, la façon dont un travail de ce type se conduit, les erreurs qui consomment le plus de moyens pour rien, et les cas où il faut reconnaître que ni le marketing ni le partenariat ne répondent au problème posé.
Stratégie marketing et recherche de partenariats : deux métiers voisins
En résumé : Le marketing décide à qui l'on s'adresse, avec quelle promesse et à la place de quelle alternative ; il travaille sur une audience. La recherche de partenariats négocie un échange avec une organisation qui détient déjà l'accès à cette audience ; elle travaille sur une relation. Les finalités se rejoignent, les compétences, le rythme et les modes d'échec non.
Sous le mot marketing coexistent trois couches qu'il est utile de séparer, parce qu'elles ne se décident ni au même moment ni par les mêmes personnes. La première est stratégique : elle tranche à qui l'on s'adresse, ce qu'on leur promet, à la place de quoi l'on se propose et ce qu'on accepte de ne pas être. La deuxième est celle de l'acquisition : par quels chemins l'attention de ces personnes peut être rencontrée, à quel coût et avec quelle régularité. La troisième est l'exécution : les textes, les images, les pages, les messages, tout ce qui rend la promesse perceptible. Commencer par la troisième est la confusion la plus facile à commettre, parce qu'elle est la seule visible et la seule dont le résultat se montre. Une entreprise qui refait son site, ouvre un compte sur un réseau et publie avec constance a produit beaucoup d'exécution sans avoir pris une seule décision stratégique ; le travail est réel, il ne répond simplement à aucune question. L'ordre inverse est moins confortable, car la première couche ne produit rien qui se montre : elle produit des renoncements.
Une stratégie marketing tient dans un petit nombre de décisions dont chacune exclut quelque chose. À qui s'adresse-t-on, sachant qu'un choix de segment est d'abord une liste de gens qu'on cesse de viser. À la place de quoi se propose-t-on, question qui suppose de nommer l'alternative réelle : un concurrent, une solution interne bricolée, un professionnel d'un autre métier, ou l'inaction, qui est une alternative à part entière. Sur quel critère est-on préférable, ce qui exige d'en retenir un plutôt que de les énumérer tous. Et par quoi cette préférence devient-elle crédible, car une promesse sans preuve n'est qu'une affirmation de plus dans un marché où chacun affirme. Ces décisions se prennent avec une information incomplète et elles se révisent, mais elles doivent être prises : tant qu'elles ne le sont pas, chaque arbitrage d'exécution — quel texte, quel chemin, quelle offre mettre en avant — se règle à l'humeur du jour, et les efforts successifs ne s'additionnent pas puisqu'ils ne pointent pas dans la même direction.
La recherche de partenariats poursuit la même finalité — rencontrer des personnes qu'on n'atteint pas seul — par un chemin de nature différente. Son unité de travail n'est pas une audience mais une organisation, avec ses objectifs propres, son calendrier, ses contraintes internes et des interlocuteurs qui n'ont pas tous le même intérêt à ce que l'accord existe. On ne cible pas un partenaire, on lui propose un échange, ce qui suppose de comprendre d'abord ce qu'il cherche : servir une demande qu'il reçoit sans savoir la traiter, compléter une offre dont il connaît les manques, disposer d'une raison légitime de reprendre contact avec ses clients, se décharger d'une tâche qu'il assure mal, ou paraître plus complet face à un concurrent qui l'est. Les compétences mobilisées ne sont pas celles de l'acquisition : il s'agit de qualifier, de solliciter, d'écouter une objection, d'écrire ce qui est convenu et de tenir une relation dans la durée. Le rythme diffère également. Une campagne se lance quand on le décide ; un accord dépend d'une décision qu'on ne prend pas soi-même et avance à la vitesse de la plus lente des deux organisations.
La confusion entre les deux métiers s'explique par un vocabulaire commun et se paie en attentes mal placées. Les mêmes mots — visibilité, audience, notoriété, image — servent à décrire les deux alors qu'ils n'y désignent pas les mêmes objets. Les modes d'échec, en revanche, ne se ressemblent pas. Une campagne mal conçue échoue en silence : personne ne répond, personne ne le remarque, on recommence ailleurs sans avoir rien abîmé. Un partenariat mal conçu échoue bruyamment : un engagement non tenu, une audience mécontente ou une exclusivité mal comprise laissent une trace dans une relation qui existait avant et qui continuera d'exister après. La montée en charge diffère tout autant. Un chemin payant s'amplifie en y consacrant davantage, jusqu'à ce que son audience s'épuise ; un partenariat ne s'amplifie pas ainsi, parce qu'il ne se multiplie pas par la dépense mais par le nombre de relations qu'une organisation peut réellement entretenir, lequel est petit. Une entreprise qui traite ses partenariats comme un canal à volume découvre vite qu'elle a signé des accords que personne n'a le temps de faire vivre.
Reste à écarter quelques recouvrements. Ni le marketing ni le partenariat ne sont la vente : ils préparent une rencontre, ils qualifient, ils rendent une préférence possible, mais quelqu'un doit ensuite conduire une conversation et conclure. Les confondre conduit à juger un travail de préparation sur un résultat qui dépend d'une autre compétence. Le mot partenaire mérite lui aussi d'être surveillé, car l'usage lui fait recouvrir trois situations différentes. Un annonceur ou un mécène apporte des moyens en échange d'une exposition ou d'une association d'image : le rapport reste proche de l'achat d'espace, avec une dimension de réputation en plus. Un apporteur d'affaires oriente des demandes vers un tiers en échange d'une contrepartie convenue : c'est une relation commerciale, pas une association. Un partenaire au sens propre engage quelque chose qui lui appartient — sa recommandation, l'accès à ses clients, son nom — dans une opération dont il attend un bénéfice qu'il ne peut pas obtenir seul. Employer le même mot pour ces trois situations conduit à négocier l'une comme si c'était l'autre, puis à s'étonner que l'engagement obtenu ne corresponde pas à celui qu'on croyait.
Positionnement, audience, canaux, mesure — et ce qu'est un partenariat
En résumé : Un positionnement est une place relative dans l'esprit de quelqu'un qui compare, pas un slogan. Une audience se décrit par une situation et un déclencheur plutôt que par une catégorie. Un canal est un chemin vers une attention qui existe déjà, et l'on y accède en payant, en produisant ou en empruntant celle d'un autre. C'est ce troisième cas qu'occupe le partenariat, et il se paie en réputation plutôt qu'en argent.
Un positionnement n'est ni un slogan ni une description de l'offre : c'est la place qu'occupe une entreprise dans l'esprit d'une personne au moment où celle-ci compare. Il se formule en trois éléments indissociables : pour qui, à la place de quoi, sur quel critère. Le deuxième est le seul qu'on puisse omettre sans que l'énoncé paraisse incomplet, alors qu'il commande les deux autres — tant qu'on n'a pas nommé ce que la personne ferait si l'on n'existait pas, on ignore contre quoi l'on argumente et l'on répond à des objections que personne ne formule. Le troisième doit être unique au sens strict : revendiquer à la fois la qualité, le prix, le service et la proximité revient à n'en revendiquer aucun, puisque chacun en dit autant et que rien ne permet plus de trancher. Un test simple révèle la présence ou l'absence d'un positionnement : il doit exister des clients qu'il désigne comme n'étant pas pour vous et des demandes qu'il conduit à refuser. Un énoncé qui ne fait renoncer à rien n'est pas un positionnement, c'est une présentation.
L'audience est le deuxième objet, et une définition courante — un âge, un métier, une taille d'entreprise, un secteur — est la moins opérante. Ces catégories décrivent qui sont les gens, pas ce qui les met en mouvement. La description utile part d'une situation et d'un déclencheur : que se passe-t-il dans la vie ou dans l'activité de quelqu'un pour que le sujet devienne soudain urgent, et à quel moment précis se met-il à chercher. Deux personnes que tout sépare par ailleurs peuvent partager le même déclencheur, et deux entreprises rigoureusement comparables sur le papier ne sont pas au même endroit de ce parcours. S'ajoute une distinction qui change la façon d'écrire dès qu'une décision implique plusieurs personnes : celui qui utilisera n'est pas toujours celui qui décide, ni celui qui paie, ni celui qui peut bloquer sans rien décider. Il faut enfin séparer le marché — tous ceux qui pourraient acheter — de l'audience atteignable, c'est-à-dire ceux qu'on est effectivement en mesure de toucher avec les moyens dont on dispose. Confondre les deux produit des raisonnements séduisants sur un potentiel dont rien n'indique par où on l'atteindrait.
Un canal n'est ni un outil ni une plateforme : c'est un chemin par lequel une attention qui existe déjà peut être empruntée. Cette définition a une conséquence pratique immédiate : le point de départ du choix n'est pas ce que l'entreprise sait faire, mais l'endroit où les personnes concernées se trouvent déjà et l'état d'esprit dans lequel elles s'y trouvent. Trois familles se distinguent par ce qu'on donne en échange. On paie : l'achat d'espace, sous ses formes anciennes ou récentes, achète une exposition définie auprès d'une audience qui appartient à quelqu'un d'autre. On produit : contenus, réponses publiques, présence dans les lieux où le sujet se discute, ce qui coûte du temps et de la constance plutôt que de l'argent. On emprunte : l'audience d'un tiers est mise à disposition parce qu'il y trouve un intérêt, et c'est le domaine du partenariat et de la prescription. Chaque famille a sa réversibilité. Ce qu'on paie s'arrête net dès qu'on cesse de payer. Ce qu'on produit demeure, mais met du temps à porter et se dégrade si on l'abandonne. Ce qu'on emprunte ne s'arrête pas de soi-même, mais ne se reprend pas non plus, puisqu'il dépend d'une volonté qui n'est pas la vôtre.
La différence entre un partenariat et un achat d'espace n'est pas une différence de prix mais de nature. Dans un achat d'espace, la transaction est complète : on verse une somme, on obtient une exposition dont les termes sont connus d'avance, et la relation s'arrête à l'échéance sans que le support ait pris parti sur ce qu'on vaut. C'est précisément ce qui en fait la commodité — cela s'achète, se compare, se reproduit — et c'est aussi ce qui en borne l'effet, puisque l'audience sait qu'une place s'achète et interprète le message en conséquence. Un partenariat repose sur l'inverse : l'organisation qui s'associe met en jeu quelque chose qu'aucun versement ne remplace, sa recommandation, et derrière elle la confiance que ses clients lui accordent. Un client déçu par ce qu'elle a recommandé lui en tiendra rigueur à elle, non à vous ; le risque qu'elle prend est de réputation, il est asymétrique, et il porte sur ce qu'elle aurait le plus de mal à reconstituer. De là découle la règle qui gouverne toute la suite : un partenaire n'accepte pas parce qu'on lui a bien présenté les choses, il accepte parce qu'il retire de l'accord un bénéfice que son propre plan ne lui donne pas.
Ce bénéfice se laisse décrire, et le nommer avant d'approcher évite l'essentiel des refus. Il prend quelques formes régulières : servir une demande qu'il reçoit sans savoir la traiter, ce qui lui évite de dire non ; compléter une offre dont il connaît les manques ; disposer d'un motif légitime de reprendre contact avec ses propres clients ; se décharger d'une tâche qu'il assure sans plaisir ni compétence ; ou paraître complet face à un concurrent qui l'est. Symétriquement, ce qui fait rompre un partenariat se ramène à un petit nombre de causes. La contrepartie n'a jamais été formulée, chacun ayant supposé que l'autre ferait le premier geste. L'effort est asymétrique et l'un des deux s'en aperçoit après avoir travaillé. L'accord ne repose que sur une personne et meurt le jour où elle change de fonction, parce que personne d'autre ne sait pourquoi il existe. Le partenaire découvre une concurrence là où il attendait une complémentarité. Ou bien un client mal servi remonte jusqu'à lui et il retire son nom sans discussion. Un accord qui a prévu ce dernier cas — qui répond, sous quel délai, qui informe qui — survit à l'incident ; un accord qui ne l'a pas prévu s'y arrête.
La mesure, enfin, n'a de sens que si l'on sait à quel maillon elle s'applique. Une chaîne relie l'exposition — le nombre de personnes ayant eu l'occasion de voir —, l'attention, la réponse, le contact identifié, puis le client. Chaque maillon a sa mesure propre et aucun ne préjuge du suivant : un chemin peut exceller en exposition et ne rien produire ensuite, ce qui est une information exploitable et non un échec global. Deux difficultés méritent d'être connues. La première est l'attribution : lorsqu'une personne a rencontré une entreprise à plusieurs reprises avant de la contacter, attribuer le mérite au dernier point de contact est commode et faux, et cette commodité condamne mécaniquement les chemins lents et les recommandations, qui interviennent tôt. La seconde est propre aux partenariats : une recommandation orale ne laisse aucune trace technique et aucun outil ne la reconstituera. La seule méthode fiable consiste à demander à ceux qui arrivent ce qui les a conduits là, en acceptant que cette réponse soit imprécise mais orientée dans le bon sens plutôt que précise et fausse.
Du diagnostic au suivi : comment se conduit ce travail
En résumé : Partir des affaires déjà conclues et de l'endroit où la chaîne casse, écrire un positionnement qui exclut et le faire reformuler par des personnes qui ne vous connaissent pas, retenir peu de chemins et les tenir, qualifier les partenaires par l'audience partagée avant de les approcher, puis revoir périodiquement ce qui vit encore et ce qui ne vit plus.
Le diagnostic part de ce qui s'est déjà vendu plutôt que de ce qu'on voudrait vendre. Reconstituer l'origine des dernières affaires conclues — non d'après les outils, qui n'en gardent qu'une trace partielle, mais en demandant aux personnes concernées comment elles sont arrivées et ce qui les a décidées — apprend en une conversation ce qu'aucun raisonnement ne trouve. On y ajoute l'autre moitié, presque toujours négligée : ceux qui ont demandé un devis et ne sont pas allés plus loin, dont le motif de renoncement est la matière la plus utile qui soit. L'objet de cet examen est de situer l'endroit où la chaîne casse, car quatre ruptures très différentes se plaignent dans les mêmes termes. On peut n'être pas connu des personnes concernées. Être connu sans être compris, l'offre étant décrite dans un vocabulaire interne. Être compris sans être préféré, faute d'une raison de choisir celle-ci plutôt qu'une autre. Ou être préféré sans que la demande aboutisse, parce qu'une étape décourage ou qu'une réponse tarde. Chacune appelle un remède distinct, et trois d'entre elles ne se traitent pas en augmentant la visibilité.
La définition du positionnement se conduit comme un travail d'écriture contraint. On rédige un énoncé unique qui dit pour qui, à la place de quoi et sur quel critère ; l'exercice paraît trivial jusqu'à ce qu'on s'aperçoive qu'il oblige à trancher des questions restées ouvertes entre des personnes qui se croyaient d'accord. On le confronte ensuite à trois épreuves. L'épreuve d'exclusion : si aucune demande n'est écartée par cet énoncé, il n'engage à rien. L'épreuve du concurrent : si un concurrent pouvait signer la même phrase sans mentir, elle ne dit rien de vous. L'épreuve de reformulation : on la lit à des personnes qui ne connaissent pas l'entreprise et on leur demande de la redire avec leurs mots, ce qui révèle sans ménagement ce qui a été compris et ce qui ne l'a pas été. Vient enfin la question des preuves : chaque affirmation retenue appelle ce qui la rend croyable pour quelqu'un qui n'a aucune raison de vous faire confiance, et une affirmation dont on ne sait pas quelle preuve l'accompagnerait est à retirer plutôt qu'à répéter.
Le choix des chemins se fait par élimination et non par addition. On part de l'endroit où l'audience décrite se trouve déjà, on écarte ceux où elle n'est pas quel que soit leur prestige apparent, et l'on retient le plus petit nombre de chemins que l'entreprise peut réellement tenir. Ce dernier critère est décisif et souvent ignoré : le coût d'un chemin n'est pas son coût d'entrée mais son coût d'entretien, et une présence alimentée par à-coups produit moins qu'une présence modeste alimentée sans interruption. Il est utile de séparer explicitement deux régimes. Le test cherche à savoir si un chemin produit quelque chose ; il se conduit sur un périmètre restreint, avec un message unique, et il exige d'avoir décidé à l'avance ce qui vaudra réponse positive ou négative, faute de quoi l'on conclura ce qu'on espérait. L'exploitation vient après et consiste à installer ce qui a fonctionné dans une routine tenable. La faute courante consiste à ouvrir plusieurs chemins à la fois dans un climat d'urgence : aucun ne reçoit l'attention nécessaire, aucun n'est concluant, et l'on retient qu'aucun ne fonctionne.
L'approche des partenaires commence par une liste construite sur l'audience partagée et non sur la notoriété. Devant chaque nom, il faut savoir si cette organisation parle déjà, régulièrement et à propos, aux personnes qu'on cherche à atteindre, et si ce qu'elle vend se place à côté de ce qu'on vend plutôt qu'en face. Une qualification préalable évite l'essentiel des conversations inutiles : le recouvrement d'audience est-il réel, existe-t-il un conflit avec son offre actuelle ou avec un accord qu'elle a déjà conclu, et qui, chez elle, aurait un intérêt personnel à ce que cela existe — car un accord qui n'intéresse l'organisation qu'en général n'avance jamais. La proposition se formule ensuite depuis le problème du partenaire et non depuis le sien : ce qu'il pourra faire et qu'il ne fait pas, ce qu'il pourra cesser de faire, ce qu'il pourra annoncer à ses clients. Mieux vaut proposer un premier geste petit, daté et réversible qu'un accord-cadre ambitieux : une opération limitée se décide vite, s'exécute, et fournit la seule information qui compte, celle de savoir si les deux organisations travaillent bien ensemble.
Ce qui est convenu s'écrit, y compris — et surtout — entre gens qui s'entendent bien. Le document utile est court et répond à des questions concrètes : ce que chacun fait et pour quelle échéance, ce que chacun peut dire de l'autre et sous quelle forme, ce qui est exclusif et ce qui ne l'est pas, ce qu'il advient des données des personnes qui passeront de l'un à l'autre, comment on se prévient en cas d'incident, et comment l'accord s'arrête. Le suivi tient ensuite en deux rendez-vous de nature différente. L'un porte sur les chemins et examine la chaîne de mesure maillon par maillon, en jugeant sur un cycle complet de décision plutôt que sur une variation isolée. L'autre porte sur les partenariats et pose des questions qu'aucun tableau ne contient : cet accord est-il encore actif ou seulement encore signé, qui le porte de chaque côté, qu'est-ce que l'autre organisation a changé depuis, et ce que chacun en retire réellement. C'est là qu'on décide d'arrêter ce qui ne vit plus, décision qu'on repousse volontiers parce qu'un partenariat inactif ne coûte rien de visible, alors qu'il occupe une place et entretient l'illusion d'un canal.
Les erreurs qui consomment des moyens sans rien déplacer
En résumé : Parler à tout le monde pour n'exclure personne, prendre la notoriété pour de l'acquisition, signer des partenariats dont la contrepartie n'a jamais été formulée, ne rien mesurer ou ne mesurer que le dernier geste, et changer de message avant qu'il ait eu la moindre chance d'être reconnu.
La première erreur consiste à parler à tout le monde, et il n'est besoin d'aucune négligence pour y tomber : la peur de perdre une affaire y suffit. Refuser un segment paraît coûteux quand le carnet est incertain, si bien qu'on élargit l'énoncé jusqu'à ce qu'il n'écarte plus personne. Le résultat se reconnaît de loin : une présentation qui énumère tout ce que l'entreprise sait faire, une promesse d'adaptation à chaque situation, un vocabulaire dont aucun terme n'appartient à un métier en particulier. Personne ne s'y reconnaît, parce que reconnaître un message suppose qu'il ait écarté quelqu'un d'autre. L'erreur symétrique existe et se rencontre chez ceux qui ont bien reçu la leçon : découper si finement qu'il ne reste plus une audience atteignable mais une poignée de cas, sans endroit où les rencontrer et sans volume permettant à un chemin de se justifier. Entre les deux, le critère praticable est double : le segment doit être assez homogène pour qu'une même phrase touche ses membres, et assez identifiable pour qu'on sache dire où ils se trouvent. Un segment qu'on sait décrire mais qu'on ne sait pas trouver n'en est pas encore un.
La deuxième erreur consiste à confondre être vu et être choisi. Les mesures de visibilité — vues, abonnés, mentions, présence dans un événement — ont deux propriétés qui expliquent leur carrière : elles s'obtiennent facilement et se montrent agréablement. Elles ne disent pourtant rien de la décision d'achat, et il est courant de les voir progresser pendant qu'aucune demande supplémentaire n'arrive. Cela ne signifie pas que la notoriété soit inutile : lorsqu'une décision se prend rarement, qu'elle engage durablement ou qu'elle se prend par recommandation, être déjà connu au moment où le besoin apparaît est exactement ce qui fait la différence, et ce travail se mène avant qu'on en ait besoin. L'erreur n'est donc pas de viser la notoriété, elle est de la viser sans le dire et d'en attendre les effets d'un travail d'acquisition. Un test dissipe l'ambiguïté : avant d'engager une action, écrire ce qui devrait se produire si elle réussissait, et à quel maillon de la chaîne. Si la réponse est qu'on serait davantage connu, l'action relève de la notoriété et se jugera comme telle ; si la réponse est qu'on recevrait des demandes, il faut pouvoir dire par quel chemin.
La troisième erreur est celle des partenariats sans contrepartie définie, et elle se reconnaît à son enthousiasme. Deux organisations qui s'apprécient concluent qu'elles devraient travailler ensemble, se promettent un soutien mutuel, annoncent parfois publiquement leur rapprochement, puis n'en font rien — non par mauvaise foi, mais parce que personne n'a jamais dit ce que chacun ferait, pour qui, ni pour quand. Trois défauts précis se cachent derrière cette formule générale. L'absence d'une première action concrète et datée, qui laisse l'accord dans un état d'intention indéfinie. L'absence de nom : personne n'est chargé de le faire vivre de part et d'autre, et un accord porté par tout le monde n'est porté par personne. L'absence de symétrie explicite, qui laisse s'installer une situation où l'un fournit régulièrement des occasions à l'autre sans jamais en recevoir, s'en aperçoit tardivement et se retire sans expliquer pourquoi. S'y ajoute une confusion de vocabulaire à surveiller : annoncer un partenariat n'est pas un résultat commercial mais une intention rendue publique, et la publier avant qu'elle ait produit quoi que ce soit expose les deux organisations à devoir expliquer plus tard ce qu'il en est advenu.
La quatrième erreur porte sur la mesure et se présente sous deux visages opposés. Le premier est l'absence : sans point de repère, on conserve ce qui rassure et l'on abandonne ce qui n'a pas encore produit, c'est-à-dire souvent l'inverse de ce qu'il faudrait faire, puisque les chemins lents sont précisément ceux qui n'ont rien produit au moment où l'on juge. Le second est l'excès mal orienté : mesurer beaucoup, mais seulement ce qui se laisse compter sans effort. Le dernier point de contact avant une demande est le plus simple à enregistrer, et lui attribuer tout le mérite revient à créditer la porte d'entrée du travail de la rue entière. Une entreprise qui pilote sur ce seul indicateur coupera d'abord ce qui intervient tôt — la recommandation, la présence là où le sujet se discute, le contenu qui a fait connaître le nom — puis constatera que ce qui restait ne suffit plus. Deux précautions rendent la mesure honnête sans la compliquer : demander systématiquement à ceux qui arrivent ce qui les a conduits là, et juger un chemin sur un cycle complet de décision plutôt que sur la période pendant laquelle on l'observe.
La cinquième erreur regroupe quatre habitudes qui se rencontrent souvent ensemble. Copier le positionnement d'un concurrent qui réussit : on hérite de sa promesse sans ses moyens, sans son antériorité et sans les raisons qui l'y ont conduit, et l'on se place volontairement sur le terrain où il est le plus fort. Changer de message parce qu'on s'en est lassé : la lassitude interne arrive toujours avant la reconnaissance externe, et une entreprise qui renouvelle sa promesse dès qu'elle l'a assez entendue ne laisse à personne le temps de l'associer à son nom. Promettre ce que l'exécution ne tient pas : un marketing efficace posé sur une prestation défaillante ne fait qu'accélérer la rencontre entre des clients et une déception, et il transforme un problème discret en réputation. Confier enfin la connaissance de son audience à un tiers au point de ne plus la détenir : les conversations avec les clients, les motifs de refus et les objections récurrentes sont l'actif qui rend possibles toutes les décisions suivantes, et une entreprise qui cesse de les recueillir elle-même dépend de l'interprétation d'autrui pour comprendre son propre marché.
Quand ni le marketing ni le partenariat ne sont la bonne réponse
En résumé : Une offre qui ne répond à aucun besoin ne se rattrape pas : le marketing accélère une rencontre, il ne crée pas le désir. Certaines audiences n'ont aucun intermédiaire qui détienne leur confiance, et le partenariat n'y a pas de prise. Lorsque le problème se situe après la vente, dans une capacité déjà saturée ou dans une décision que personne n'a prise, attirer davantage aggrave la situation au lieu de l'améliorer.
La première limite est la plus dure à entendre. Le marketing accélère la rencontre entre une offre et des personnes qui en ont besoin ; il ne fabrique pas le besoin, et aucune quantité de travail sur le message ne convertit une indifférence en désir. Les signes d'une offre sans marché sont reconnaissables et se confondent rarement avec un problème de visibilité. Les gens comprennent parfaitement ce qui leur est proposé et n'en veulent pas : l'explication n'est donc pas en cause. On récolte de la curiosité, des félicitations, des encouragements, et aucune demande — la curiosité est une réaction à une nouveauté, pas à un manque. Ceux qui essaient s'arrêtent après l'essai sans qu'il se soit rien passé de fâcheux. Ou bien la réponse qui revient est qu'on s'en passe très bien, ce qui désigne l'alternative réelle : l'inaction. Dans ces situations, engager des moyens en acquisition produit une leçon coûteuse dont on connaissait déjà le contenu. Le travail utile est ailleurs : parler à ceux qui ont dit non, comprendre ce qu'ils font à la place, et accepter que la conclusion puisse être de modifier l'offre plutôt que sa présentation.
La deuxième limite concerne les partenariats, qui supposent une condition dont l'absence ne se compense pas : il faut qu'une organisation détienne déjà l'accès à l'audience visée et la confiance qui l'accompagne. Cette condition n'est pas toujours réunie. Certaines audiences sont atomisées, sans lieu, sans structure et sans intermédiaire naturel ; la décision s'y prend individuellement, dans un cadre privé, et personne n'est en position de recommander quoi que ce soit. D'autres relèvent d'un sujet trop sensible pour qu'une organisation accepte d'y associer son nom, quelle que soit la qualité de ce qu'on propose : ce n'est pas la valeur qui est en cause, c'est le risque de réputation qu'elle refuse de porter. Il arrive aussi que tous les intermédiaires plausibles soient en réalité des concurrents, présents ou futurs, auquel cas la complémentarité qu'on croit leur proposer se lit chez eux comme une menace. Enfin, une audience captée par un très petit nombre d'acteurs dominants ne se travaille guère par partenariat, parce que ces acteurs n'ont aucune raison d'échanger ce qu'ils peuvent vendre. Dans ces cas, insister revient à collectionner des refus polis.
La troisième limite tient à l'endroit du problème. Lorsque ce qui manque n'est pas la demande mais la capacité de la servir, attirer davantage aggrave la situation : les délais s'allongent, la qualité se dégrade, ceux qui attendent renoncent, et l'entreprise dépense pour fabriquer des occasions qu'elle ne pourra pas honorer. Le même raisonnement vaut lorsque le problème se situe après la vente. Si les clients acquis ne restent pas, l'acquisition finance leur remplacement au lieu d'ajouter quoi que ce soit, et le travail utile porte sur ce qui se passe entre la première utilisation et l'abandon — ce qui relève du produit, du service ou de la relation, jamais du message. Un troisième cas est plus difficile à admettre parce qu'il n'a rien de technique : lorsque ce qui bloque est une décision qui n'a pas été prise — ce qu'on cesse de vendre, quel client on renonce à servir, ce qu'on facture autrement —, aucun travail de positionnement ne peut la prendre à la place de ceux qui dirigent l'entreprise. Il produira au mieux une formulation élégante d'une ambiguïté maintenue, et cette élégance rendra la contradiction plus difficile à voir.
La quatrième limite est celle du moment. Une offre qui change à chaque client ne se positionne pas : on ne peut pas dire à quoi l'on renonce quand on ne l'a pas encore décidé, et un énoncé produit dans cet état sera contredit par la prochaine affaire acceptée. L'ordre honnête consiste alors à stabiliser d'abord ce qui est vendu, quitte à le faire sur un très petit nombre de cas, puis à décrire. Il existe une situation inverse et tout aussi réelle : une entreprise qui reçoit déjà plus de demandes qu'elle n'en traite n'a pas besoin d'en susciter davantage ; ce qui lui rendrait service est de mieux trier, de dire plus tôt ce qu'elle ne fait pas, éventuellement de revoir ce qu'elle accepte. Enfin, lorsque les moyens disponibles ne permettent qu'une présence intermittente sur un chemin très disputé, le calcul est défavorable : une présence discontinue sur un terrain encombré produit moins qu'une présence constante sur un terrain étroit, et concentrer vaut mieux que couvrir. Reconnaître cela n'est pas renoncer, c'est choisir le seul endroit où l'effort disponible peut être remarqué.
La cinquième limite délimite ce qu'une communication ne peut pas faire honnêtement. Elle ne répare pas une réputation abîmée par des faits : tant que les faits durent, tout message qui les contredit accélère leur diffusion, et le seul chemin praticable passe par le changement de ce qui les a produits. Elle ne garantit aucun résultat, parce que ce qu'on cherche à obtenir est la décision d'autrui, laquelle dépend de ses moyens, de son calendrier, de ses priorités et d'un concurrent qui travaille aussi ; ce sur quoi on peut s'engager porte sur le travail conduit et sur la manière dont les décisions suivantes seront prises, jamais sur la réponse du marché. Elle ne remplace pas la vente lorsque la décision exige une conversation : dans ce cas, l'essentiel de l'effort doit porter sur le nombre et la qualité des conversations obtenues, non sur la production de messages. Et elle ne devrait pas servir à écouler ce qui ne devrait pas l'être : une offre dont on sait qu'elle décevra se vendra peut-être une fois, et cette vente se paiera ensuite dans ce que les clients en diront, qui est précisément le chemin qu'aucun budget n'achète.
Questions fréquentes
Quelle différence entre une stratégie marketing et une recherche de partenariats ?
La finalité est commune — rencontrer des personnes qu'on n'atteint pas seul — mais l'unité de travail diffère. Une stratégie marketing travaille sur une audience : elle décide à qui l'on s'adresse, à la place de quelle alternative on se propose, sur quel critère on est préférable, et par quels chemins cette préférence peut être rencontrée. Une recherche de partenariats travaille sur une organisation : elle qualifie, sollicite, négocie et entretient une relation avec un tiers qui détient déjà l'accès à cette audience. Les compétences ne sont pas les mêmes, le rythme non plus — une campagne se lance quand on le décide, un accord dépend d'une décision qu'on ne prend pas soi-même — et les échecs ne se ressemblent pas : une campagne ratée passe inaperçue, un partenariat raté laisse une trace dans une relation qui continuera d'exister.
Qu'est-ce qu'un positionnement, et comment sait-on qu'on en a un ?
Un positionnement est la place qu'occupe une entreprise dans l'esprit d'une personne qui compare, et il se formule en trois éléments : pour qui, à la place de quoi, sur quel critère. Le deuxième est celui dont l'absence ne laisse aucune trace, alors qu'il détermine tout le reste : sans avoir nommé ce que la personne ferait si l'on n'existait pas — un concurrent, un bricolage interne, ou le fait de ne rien faire —, on argumente à vide. On sait qu'un positionnement existe à un signe unique : il écarte. Il désigne des clients qui ne sont pas pour vous et des demandes qu'il conduit à refuser. Deux épreuves complémentaires le vérifient : un concurrent pourrait-il signer la même phrase sans mentir, et une personne extérieure sait-elle la redire avec ses propres mots après l'avoir lue une fois.
Comment décrire une audience autrement que par des catégories démographiques ?
En partant de la situation plutôt que de l'identité. Un âge, un secteur ou une taille d'entreprise disent qui sont les gens, pas ce qui les met en mouvement. La description opérante repose sur un déclencheur : l'événement après lequel le sujet devient urgent et où quelqu'un se met à chercher. Deux personnes que tout sépare par ailleurs peuvent partager le même déclencheur. S'ajoutent deux distinctions utiles. Dès qu'une décision implique plusieurs personnes, celui qui utilisera n'est pas toujours celui qui décide, ni celui qui paie, ni celui qui peut bloquer sans rien décider, et ces rôles n'entendent pas les mêmes arguments. Il faut enfin distinguer le marché — tous ceux qui pourraient acheter — de l'audience réellement atteignable avec les moyens dont on dispose, faute de quoi l'on raisonne sur un potentiel sans savoir par où l'atteindre.
Qu'est-ce qui distingue un partenariat d'un achat d'espace publicitaire ?
L'engagement pris par l'autre partie. Dans un achat d'espace, la transaction est complète et symétrique : on verse une somme, on obtient une exposition dont les termes sont connus, et le support ne prend aucun parti sur ce qu'on vaut. Cela s'achète, se compare et se reproduit, mais l'audience sait qu'une place s'achète et interprète le message en conséquence. Un partenariat repose sur l'inverse : l'organisation qui s'associe met en jeu sa recommandation, donc la confiance que ses clients lui accordent. Si l'un d'eux est déçu, c'est à elle qu'il en tiendra rigueur. Le risque qu'elle prend est de réputation et il est asymétrique, ce qui explique à la fois pourquoi un partenariat porte davantage qu'une exposition payée et pourquoi il ne se conclut jamais par la seule qualité de la présentation.
Comment approcher une organisation avec laquelle on souhaite s'associer ?
En qualifiant avant de solliciter, et en formulant la proposition depuis son problème plutôt que depuis le sien. La qualification tient en trois questions : parle-t-elle déjà, régulièrement, aux personnes que l'on cherche à atteindre ; ce qu'elle vend se place-t-il à côté de ce qu'on vend plutôt qu'en face ; et qui, chez elle, aurait un intérêt personnel à ce que l'accord existe, car un accord qui n'intéresse l'organisation qu'en général n'avance jamais. La proposition doit ensuite énoncer ce que le partenaire pourra faire et qu'il ne fait pas, ce qu'il pourra cesser de faire, ou ce qu'il pourra annoncer à ses clients. Mieux vaut un premier geste petit, daté et réversible qu'un accord-cadre ambitieux : une opération limitée se décide vite et révèle si les deux organisations travaillent bien ensemble.
Que doit contenir un accord de partenariat pour tenir ?
Peu de choses, mais précises. Ce que chacun fait et pour quelle échéance, formulé comme une action et non comme une intention. Ce que chacun peut dire de l'autre, sous quelle forme et avec quel nom. Ce qui est exclusif et ce qui ne l'est pas, car une exclusivité supposée est une brouille en préparation. Ce qu'il advient des données des personnes qui passeront de l'un à l'autre. La manière dont on se prévient en cas d'incident, ce point étant celui qui décide de la survie de l'accord le jour où un client mal servi remonte jusqu'au partenaire. Et la façon dont tout cela s'arrête. S'y ajoute un élément qui ne s'écrit pas dans le document mais le conditionne : un porteur nommé de chaque côté, faute de quoi l'accord meurt avec un changement de fonction.
Combien de chemins faut-il ouvrir en même temps ?
Le plus petit nombre que l'entreprise puisse réellement tenir, ce qui est presque toujours inférieur à ce qu'elle envisage. Le coût d'un chemin n'est pas son coût d'entrée mais son coût d'entretien : une présence alimentée par à-coups produit moins qu'une présence modeste et ininterrompue, parce que la reconnaissance se construit par la répétition. Ouvrir plusieurs chemins à la fois, ce qui arrive surtout dans un climat d'urgence, aboutit à ce qu'aucun ne reçoive l'attention nécessaire, qu'aucun ne soit concluant, et qu'on en retienne à tort qu'aucun ne fonctionne. Il est utile de distinguer deux régimes : le test, conduit sur un périmètre restreint avec un message unique et un critère de réussite décidé à l'avance, et l'exploitation, qui installe ce qui a fonctionné dans une routine tenable.
Comment mesurer un partenariat quand la recommandation ne laisse aucune trace ?
En demandant, puisque aucun outil ne reconstituera une conversation. La question posée à ceux qui arrivent — comment nous avez-vous connus, qu'est-ce qui vous a décidés — donne une réponse imprécise mais orientée dans le bon sens, ce qui vaut mieux qu'une donnée précise et fausse. S'y ajoutent des repères propres à ce type de relation, qui ne sont pas des volumes : l'accord est-il encore actif ou seulement encore signé, y a-t-il eu des occasions transmises dans les deux sens, l'effort est-il symétrique, et le porteur est-il toujours en fonction de chaque côté. Il faut enfin se méfier de l'attribution au dernier point de contact : elle est commode, elle crédite la fin du parcours, et elle condamne mécaniquement les recommandations, qui interviennent tôt.
Faut-il travailler la notoriété ou l'acquisition ?
Les deux répondent à des questions différentes et ne se jugent pas selon les mêmes critères. L'acquisition cherche à provoquer une demande maintenant ; la notoriété cherche à être déjà connu au moment où le besoin apparaîtra. La seconde a un sens réel lorsque la décision se prend rarement, qu'elle engage durablement ou qu'elle passe par une recommandation, et ce travail doit alors être mené avant qu'on en ait besoin. L'erreur n'est pas de viser la notoriété, elle est de la viser sans le dire puis d'en attendre les effets d'un travail d'acquisition. Un test simple lève l'ambiguïté : avant d'engager une action, écrire ce qui devrait se produire si elle réussissait et à quel maillon de la chaîne — être davantage connu, ou recevoir des demandes par un chemin qu'on sait nommer.
Dans quels cas le marketing n'est-il pas la bonne réponse ?
Lorsque le problème n'est pas la rencontre. Une offre à laquelle personne n'attribue de valeur ne se rattrape pas par le message : si les gens comprennent parfaitement et n'en veulent pas, ce n'est pas l'explication qui manque. Lorsque la capacité de servir est déjà saturée, attirer davantage allonge les délais et fabrique des occasions qu'on ne pourra pas honorer. Lorsque les clients acquis ne restent pas, l'acquisition finance un remplacement et le travail utile porte sur ce qui se passe après la vente. Lorsque l'offre change à chaque client, il faut stabiliser ce qui est vendu avant de le décrire. Et lorsque ce qui bloque est une décision que personne n'a prise, aucun travail de positionnement ne la prendra à la place de ceux qui dirigent l'entreprise.